Trail / Ultra

De l'abandon en ultra...

par Free Wheelin Nat » Jeu 22 Sep 2016 21:46

... suite à réflexion de Lapuce à ce sujet, il m'a semblé intéressant d'en faire un sujet...

Donc la question était:
ça me permet aussi une bonne réflexion sur l'abandon en ultra depuis ce matin. Quand abandonner? A quel moment? Pourquoi? ...ou pas! Merci!


J'ai abandonné une fois et failli une autre fois

1)L'abandon:
Ca a été une évidence: non seulement j'étais en hypothermie, à laquelle se rajoutait la douleur à un genou qui se bloquait presque ...
Qui plus est , j'ai été totalement surprise par les conditions, je n'y étais pas préparée que ce soit au niveau mental et au niveau matériel.
Donc comme élément , je pourrais dire : manque de préparation, météo en l'occurence.

Ensuite, si plusieurs facteurs s'ajoutent l'abandon se profile sérieusement, alors qu'un seul serait gérable.
Déjà, pour moi, le froid + humidité c'était limite ( ça fait déjà 2...), mais en rajoutant la douleur, panique à bord, insupportable.
Sachant à ce moment qu'il était possible de me faire rapatrier, ça a joué aussi, dans le sens ou je ne me sentais plus capable, mentalement, de mettre un pied devant l'autre.

Je dirais presque qu'un abandon est évident et s'impose de lui même. D'ailleurs, le mien était logique et évident, je n'ai rien regretté (si ce n'est de profiter des paysages magnifiques sous la neige) , et en ai tiré les leçons qu'il fallait. j'étais même soulagée même si l'évènement était vraiment difficile à vivre. Sur le coup en tout cas, après, aucun regret.

2) Le " j'y ai pensé très fort"
En juillet, la simple présence de Pascal avec qui j'ai passé une partie de la nuit a pas mal joué, je pense , même s'il est tout à fait possible qu'après repos je m'eus senti (ouch!) être capable de repartir .
Il ne m'a rien dit, il était juste là. Et je reste persuadée qu'il m'attendait (ou peut-être je ne voulais tout simplement pas être "abandonnée" ? Quand on dit que des liens forts se tissent entre coureurs , j'y crois).
Bubulle est arrivé peu après et son aspect général (il n'étais pas bien non plus) ne me poussait pas, lui, à repartir. là il était possible de plonger pour de bon.

Bref des fois c'est une évidence et des fois ça tient à un fil...

Et en l'occurence, un seul facteur en jeu: la douleur.
Sans compter que même si je savais que ce serait long jusqu'à la fin, c'était le dernier ravitaillement.

Donc en jeu également, le facteur humain , et ce qu'il reste à faire.

Par contre il faut impérativement savoir (et intégrer) qu'un coup de bambou , genre "être dans le dur" , avoir une baisse de tonus, ne dure pas justement.
Là seule fois où j'ai vécu quelque chose comme ça, le mental était là, donc si ça a été duraille , c'était gérable, j'avais "juste" à me dire "avance, ne t'arrête pas" .

Voilà donc mon ressenti sur mon expérience, les vérités annoncées sont bien entendu les miennes et pas forcément transposables, j'estime être très très loin encore du statut de vétérante en ultra , j'en ai encore des masses à apprendre sur le sujet...
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par banditblue29 » Jeu 22 Sep 2016 22:15

@FWN : Merci pour l'ouverture du sujet, je n'aurai pas osé le faire moi-même ;) .

Pas réellement d'expérience dans l'ultra, encore que....

Un facteur qui joue (chez moi), c'est la proximité des barrières horaires par rapport à mon allure en course.
Être toujours juste, c'est épuisant nerveusement.
Ne pas avoir de marge pour regarder le paysage, prendre un peu de temps pour souffler, etc....

Cheminer seule ajoute de la difficulté quand on n'y est pas mentalement, que la confiance en soi s'émousse.

Un abandon se construit dans la durée.... L'empilement d'arguments "contre" fait basculer .... Vers l'arrêt.... C'était décrit dans le mooc trail (le dernier cours par le psy suisse) ;) et c'est aussi dans le livre de G. Millet.

Le passage de Hourquette-Nère au GRP dans le brouillard, aurait pu tourner vinaigre si je n'avais pas pu m'appuyer sur d'autres coureurs.
Là, il ne restait "que" 30 km.... ;) .

Bref j'abandonne 2 fois sur l'UTCAM, sans ressentir de regret le lendemain....
Mes pieds avait déjà bien assez ramassé.
Une descente verticale de plus.... N'aurait pas été sans conséquence ;) .
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par lapuce92 » Ven 23 Sep 2016 17:54

Super idée ce sujet! Merci de l'avoir ouvert! ;)

Je n'ai pas réellement d'expérience de l'ultra (plus de 100Kms) mais sur mes longues courses quelques expériences d'abandon.
Sur le grand trail des lacs et châteaux par exemple, c'est clairement le mental qui m'a fait défaut, qui n'y était plus. J'ai cheminé toute seule toute la journée, ça devenait très très long. Physiquement je n'avais aucun problème. Juste un peu de fatigue somme toute normale après 10 heures de course. Un autre facteur qui a fait pencher la balance : voir maman là avec la voiture tout près. Je ne savais pas si je la retrouverais sur le ravito suivant (à 20 kms) et du coup si ce serait aussi simple/rapide d'être rapatriée au départ avec les navettes de l'organisation si on m'arrêtait à ce moment là.
Sur ma première tentative de Saintélyon j'ai du abandonner à Sainte Catherine suite à une grosse chute qui m'avait occasionné une grosse douleur au genou. Je sais maintenant qu'il s'agissait uniquement d'un gros hématome et que j'aurais pu aller au bout sur la douleur, mais en pleine nuit, dans le froid, comment vous dire..... :icon_exorbite: :evil: :icon_surpris: je crois que c'est l'abandon que j'ai eu de loin le plus de mal à digérer.
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par Free Wheelin Nat » Ven 23 Sep 2016 18:22

banditblue29 a écrit:
Cheminer seule ajoute de la difficulté quand on n'y est pas mentalement, que la confiance en soi s'émousse.

Un abandon se construit dans la durée.... L'empilement d'arguments "contre" fait basculer .... Vers l'arrêt.... C'était décrit dans le mooc trail (le dernier cours par le psy suisse) ;) et c'est aussi dans le livre de G. Millet


+1
Sur l'Ardechois, j'étais déjà frigorifiée/trempée en arrivant au premier ravito (20km), avec de l'attente pour remplir la poche (donc refroidissement +++) .
Je me suis dit déjà à cet endroit ,que c'était mal barré , sachant que je n'avais pas trop de chaud dans le sac et aucun moyen de me sécher d'une manière ou d'une autre avant le 3ème ravito. Trop loin donc.
Et en repensant à Heidi qui avait récupéré du sec par ses parents, on voit bien qu' une assistance peut franchement améliorer l'ordinaire ;)

Pour finir sur cette épreuve , j'ai été seule pratiquement tout le temps, et les seules personnes que j'ai doublé ou par qui je me suis fait doubler étaient autre que mutiques , ça n'a pas aidé du tout.
Tiens, encore Heidi qui nous a raconté qu'elle s'est mise en binôme avec un gars avec qui elle a pas mal échangé en deuxième partie de course (notamment des fermetures de vestes parkinsoniennes :lol: ).
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par valdes » Jeu 29 Sep 2016 16:46

Free Wheelin Nat a écrit:Par contre il faut impérativement savoir (et intégrer) qu'un coup de bambou , genre "être dans le dur" , avoir une baisse de tonus, ne dure pas justement.

Là seule fois où j'ai vécu quelque chose comme ça, le mental était là, donc si ça a été duraille , c'était gérable, j'avais "juste" à me dire "avance, ne t'arrête pas" .



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par Free Wheelin Nat » Jeu 29 Sep 2016 17:30

valdes a écrit:
Free Wheelin Nat a écrit:Par contre il faut impérativement savoir (et intégrer) qu'un coup de bambou , genre "être dans le dur" , avoir une baisse de tonus, ne dure pas justement.

Là seule fois où j'ai vécu quelque chose comme ça, le mental était là, donc si ça a été duraille , c'était gérable, j'avais "juste" à me dire "avance, ne t'arrête pas" .



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Pourquoi? (j'ai peur de la réponse... :lol: )
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par valdes » Jeu 29 Sep 2016 18:34

Parce que je l'ai expérimenté plusieurs fois. Un fléchissement du moral avant la mi-course. Je ne sais pas pourquoi d'ailleurs. Plus c'est long et plus il y en a devant ?

Le fléchissement du moral qui impacte sur le physique. Ou bien l'inverse. Ou bien les deux en même temps. Et passé la mi-course, "ça va mieux" (comme notre président). Il en reste toujours beaucoup devant mais il y en a plus derrière ...

Donc si l'on est pas blessée, en grave hypo, sous des trombes d'eau ou autres intempéries dangereuses, les pieds en sang ou hors délais ... Faut continuer à avancer :icon_bravo2: le temps que ça aille mieux ensuite.

Le problème des ultras, c'est que l'investissement est tel ... en terme d'entraînements, de vie personnelle et de famille, de vie professionnelle parfois, en terme financier aussi et psychique également (la fameuse confiance ou estime de soi) ... qu'abandonner, hors soucis de santé et de B.H., c'est toujours difficile à encaisser à postériori ...
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par banditblue29 » Jeu 29 Sep 2016 20:03

valdes a écrit:Le problème des ultras, c'est que l'investissement est tel ... en terme d'entraînements, de vie personnelle et de famille, de vie professionnelle parfois, en terme financier aussi et psychique également (la fameuse confiance ou estime de soi) ... qu'abandonner, hors soucis de santé et de B.H., c'est toujours difficile à encaisser à postériori ...


Plus qu'à posteriori, c'est difficile à envisager pendant....
Je dirai qu'on peut être tenter d'avancer jusqu'à ce que l'arrêt soit inéluctable ou jusqu'à un point kilométrique suffisant.... Pour ménager la chèvre et le chou.... (investissement et estime/confiance) ;) .
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par Free Wheelin Nat » Jeu 29 Sep 2016 21:40

banditblue29 a écrit:
valdes a écrit:Le problème des ultras, c'est que l'investissement est tel ... en terme d'entraînements, de vie personnelle et de famille, de vie professionnelle parfois, en terme financier aussi et psychique également (la fameuse confiance ou estime de soi) ... qu'abandonner, hors soucis de santé et de B.H., c'est toujours difficile à encaisser à postériori ...


Plus qu'à posteriori, c'est difficile à envisager pendant....
Je dirai qu'on peut être tenter d'avancer jusqu'à ce que l'arrêt soit inéluctable ou jusqu'à un point kilométrique suffisant.... Pour ménager la chèvre et le chou.... (investissement et estime/confiance) ;) .


Lors de mon abandon , le pire moment a été celui où j'ai dû me rendre à l'évidence que je n'avais plus trop le choix, et que continuer était tout simplement impossible . Je pleurais à gros sanglots,comme une gamine le temps de rejoindre le village le plus proche où j'ai pu être prise en charge .
Une fois arrêtée, c'est le soulagement qui a pris le relai même si j'étais totalement stone , à l'ouest... Avec la neige qui recouvrait tout, c'était irréel.
Et une fois dans ma voiture dans ma couette, c'était tout simplement évident.
Et aucun regret (sauf celui de ne pas finir évidemment) , c'est certain, mais surtout un paquet de leçons à vite apprendre!
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par banditblue29 » Jeu 29 Sep 2016 22:05

Pour ma part, les regrets viendraient "à ne pas avoir combattu" ;) .
Je ne fais pas des courses tous les weekends....
Alors quand j'en fais une, j'en fais une :lol: .
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