Entrainement

Gestion du mental sur le long....en solitaire!

par lapuce92 » Lun 6 Juin 2016 13:53

Sur une suggestion de Valdès (merci, le thème est intéressant) j'ouvre ce post.
Suite à mon arrêt au 60ème kilomètre du grand trail des lacs et châteaux je me demandais comment vous gériez mentalement les courses longues, voire très longues, quand vous vous retrouvez seules plusieurs heures d'affilée, sans personne devant, personne derrière, pas de spectateurs?
normalement le mental est plutôt mon point fort en course. Je m'entraine toujours seule, donc j'ai l'habitude de ces moments de solitude. Mais là, sur ce trail, plus les heures passaient plus c'était pesant, lourd, au point de pendre la décision d'arrêter, incapable d'envisager de faire les 40 derniers kilomètres aussi seule.
J'ai tenté plusieurs tactiques qui ont déjà fonctionné : "les mots doux" (oui seule comme ça l'avantage c'est qu'on peut se parler à soi même! :icon_ptdr: ):"c'est bien ce que tu fais, tu avances bien, tu as de l'avance sur la barrière. Regarde, c'est beau ici, profites du paysage" etc etc. Ou encore visualiser le prochain point où je croiserait maman, ma suiveuse. Rien n'y a fait. Je n'avais pas de musique peut être que ça aurait pu m'aider?
Voilà, je suis preneuse de toutes vos expériences sur le sujet. Ca m'aidera dans mes prochains petits délires! :icon_jump2:
Avatar de l’utilisateur
lapuce92
 
Messages: 2153
Inscription: Mer 10 Déc 2014 07:58

par valdes » Lun 6 Juin 2016 19:34

Merci @Mia d'avoir ouvert ce post. C'est un sujet en effet très intéressant et bien complexe. Je n'y ai jamais été confrontée sur une course de plus 4h00 et 4h00, ça passe vite. Surtout si le parcours est jalonné de gentils baliseurs/bénévoles et de quelques ravitos ....

En fait, ça m'évoque deux choses immédiatement. 1. Un film argentin "Agua" qui raconte une épreuve de natation de 57 km en eau-libre se déroulant chaque année entre les villes de Santa Fe et Coronda. Donc forcément plus ou moins seul (ou sans possibilité de voir du monde, même pas de vie aquatique puisque l'eau du fleuve est plutôt glauque). Là ce n'est pas à l'honneur du héros, puisqu'il triche ...
Et 2. Le livre "la longue route" de Bernard Moitissier, premier navigateur en solitaire autour du monde, dans les conditions techniques et radiophoniques des années 1968. Tour du monde qu'il n'avait pas gagné puisqu'il avait tellement aimé cette solitude et la mer, qu'il était reparti pour un autre tour.

Le bonhomme était assez désagréable à vivre en tant qu'époux. Coureur de jupons, instable, toujours à vouloir prendre la mer arrivé à terre, aimant plus que tout la solitude et la philosophie (très bon philosophe et excellent conteur).

Après je pense aussi aux montagnards de Frison-Roche, avec dans tous les cas de figure, le danger également ...

Oui je reconnais que c'est difficile à appréhender la longue solitude sur une longue épreuve de trail, tant qu'on ne s'y est pas confrontée pendant des heures. Cette expérience, que tu as faite le week-end dernier, va sûrement être un premier jalon pour t'y aider ...

Ca peut aussi être une solitude de nuit ..

Mon truc, mais c'est peut-être faux, est de m'y préparer avant, par exemple en faisant une sortie de 6h00 en VTT mode véloroute assez difficile. Au bout d'un temps, on en a marre et même plus que marre. C'est ennuyeux (surtout à vélo). On veut rentrer. C'est comme ça que je me suis gamelée le lundi de la Pentecôte. Parce que j'en avais marre, que j'étais fatiguée mais que je voulais rentrer plus vite. J'étais à 30 km de l'arrivée après 88 km de vélo et pas mal de D+. Evidemment, le vélo, en cas de fatigue, en solo, ça ne pardonne pas. Pas vu les graviers dans le virage. Roue qui dérape.

Mais sinon, oui peut-être à travailler sur un jour de rando en solo ou de vélo long en solo. On peut aller jusqu'à 10h00 à vélo, ça passe bien musculairement. C'est juste mentalement que ça passe moins bien. C'est long long long.

Mais ça prépare peut-être bien ? Enfin, je ne sais pas. Les autres coureuses d'Ultra du fofo pourront peut-être apporter plus d'infos, surtout quand les épreuves ne rassemblent pas beaucoup de monde ...
Avatar de l’utilisateur
valdes
 
Messages: 643
Inscription: Ven 19 Déc 2014 19:19

par banditblue29 » Lun 6 Juin 2016 21:29

J'avais ouvert un sujet sur les "techniques d'optimisation du potentiel". Je n'ai pas plus développé parce que finalement, quand on fait des compétitions et de la longue distance entre autres, on pratique déjà sans le savoir.
Sauf qu'une fois que l'on sait mettre un nom sur ce que l'on fait, et qu'on en a pris conscience, on est plus à même d'utiliser les techniques appropriées quand on en a besoin ;) .
Vous me suivez :thesphinx: ?

Sur un ultra, je crois qu'il faut anticiper tout ce qui peut parasiter la course.... Pour se concentrer sur la course.
Bon en 34 h de balade l'an dernier, j'ai eu le temps d'alterner les périodes d'euphorie et les périodes de profonde déprime :? . Ce que dit très justement G Millet ou E. Lacroix, ou....le MOOC, c'est que dans un ultra, il faut savoir attendre que cela aille mieux.
Au bas succèdent les hauts et un abandon se construit dans le temps donc il importe de raisonner par étapes.
J'avais convenu avec moi-même que si j'arrivais à Boréon j'aurais rempli mon contrat. Étrangement :? , tous mes bobos, toutes mes peurs, la fatigue, etc..... sont réapparues en même temps dans les 10 derniers km.

Comment je gère....?
Je m'entraîne seule, j'aime être seule, j'aime ses longs moments d'introspection où je suis complément détachée de ce qui m'entoure (des fois, je rate les rubalises... :thesphinx: ).

La prochaine sortie très, très longue (8h) je ferai en sorte de me caler dans un coin pour tenter une micro sieste ;) au bout de 5 h (sachant que je décolle à 4 h du mat', histoire d'avoir un peu d'activité en famille l'après-midi). .
Le point délicat sera la 2nde nuit.... Là, il faudra que j'ai suffisamment de jus pour faire l'effort de rester coller dans un groupe (là, nous serons plus espacés). Ça sera plus facile de suivre que de lever la tête pour chercher les balises.
Avatar de l’utilisateur
banditblue29
 
Messages: 3372
Inscription: Mer 10 Déc 2014 07:46
Localisation: Var

par nono5508 » Mar 7 Juin 2016 08:57

aie, sujet délicat.
Le mental se travaille en amont, faire des sorties longues seules, prendre des grandes lignes droites interminables le long des routes, ce que j'essaye "d'enseigner" à Christelle.
Lorsque tu es sur une compet ou un trail long, dis toi ou pense à ce que tu vas retrouver à l'arrivée, (pour toi maman),mais il faut que tu positives, il est normal que tu sois dans le dur, à un moment lorsque tu en "chies", tu en as marre, mal aux jambes, au ventre, soif, envie de vomir etc c'est là qu'il faut avoir des idées positives.
Il m'est arrivé de vomir, de refaire 1km et de vomir encore, il faut peser le pour et le contre, lorsque je suis dans la cap c'est tjrs le pour qui l'emporte, j'ai abandonné une fois à cause d'une blessure et là le contre l'a emporté mais je ne pouvais pas faire autrement.
Pour moi je n'envisage jamais d'abandonner, je suis souvent à la fin des classements mais mon moral me permet de terminer, ce qui était arrivé lors du marathon des sables 2015 où j'ai souffert des ampoules.
Avant l'étape longues j'avais quasiment passé 2 nuits blanches, en rentrant au bivouac je me disais que le lendemain je ne prendrais pas le départ sauf si je pouvais passer une nuit correcte, le lendemain le jour se lève, tt le monde se prépare, je ne pouvais pas abandonner, je suis parti le dernier, juste les chameaux balais derrière moi, seul pendant des km, en pensant à la bh, la douleur était là mais l'envie de terminer passait avant, pour 82km j'ai passé presque 33h dans le désert et ma foi, tu refais le monde et là tu te forges un mental car tu as vaincu le désert, le mal, ta souffrance.

Je sais où sont mes limites, tu vois je ne me lancerais pas sur le grand raid comme Dorothée car je ne m'y suis pas préparé et je suis admiratif, d'autres personnes rêvent du mds, d'autres rêvent de terminer, bien sûr je suis un humain et il m'arrive de chialer lors de grands défis mais aussi de chialer de bonheur, voilà la puce mon avis,
bisous
Si tu veux courir, cours un kilomètre. Si tu veux changer ta vie, cours un marathon.
Avatar de l’utilisateur
nono5508
 
Messages: 657
Inscription: Lun 22 Déc 2014 12:29

par valdes » Mar 7 Juin 2016 09:21

Ah ben voui ... Là @Nono, c'est là que je me rends compte que le mental ça se travaille vraiment (en plus, Guillaume Millet y consacre tout un chapitre dans son livre).

Je note aussi que @Banditblue "découpe" son épreuve. J'avais un peu fait ça sur le dernier raid du golfe. 30 km + 30 km + 30 km. Par contre, je n'avais pas su faire face à l'imprévu (la pluie) et cela m'avait beaucoup déstabilisée (car si pluie -> ravitos en plein air -> longues attentes ravitos ou ravitos inaccessibles car grands baraqués devant qui mangent en se protégeant de la pluie, etc.).

Faire des reconnaissances aussi peut-être si on est pas très loin ... Cela peu aider. Aller reconnaître de jour un parcours que l'on fera de nuit par exemple (chose que j'ai faite en mai dernier).
Avatar de l’utilisateur
valdes
 
Messages: 643
Inscription: Ven 19 Déc 2014 19:19

par Heidi » Mar 7 Juin 2016 13:55

C'est marrant, en lisant vos expériences, je me rends compte que je ne "gère" pas du tout sur du long, j'avance, c'est tout!
Quand j'ai eu des "soucis", mon moral en chute libre m'a poussé à l'abandon. Et je dois bien être honnête avec moi, la "pseudo pression" du classement que je me suis foutue en est la cause principale. Pourtant, punaise, c'était pas les championnats du monde !!! Si faut pas être con!?!!
Bon, c'est la même motivation qui m'a fait arriver au bout des longues courses que j'ai fini!
Reste plus qu'à me détendre du slip quand ça va mal! :ICON_MDR:
Avatar de l’utilisateur
Heidi
 
Messages: 181
Inscription: Sam 20 Déc 2014 11:53

par Etienne » Mar 7 Juin 2016 17:25

LaPuce soulève un problème très intéressant, qui mérite réflexion et échanges, celui de la force mentale des coureurs de longue distance. J'avoue avoir peu d'expérience dans ce domaine avec seulement deux fois un cent bornes au compteur, celui de Bienne (couru essentiellement la nuit) et celui de Millau. Des baisses de régime, j'en ai connu quelques-unes, il m'est arrivé à plusieurs reprises de me dire " mais qu'est-ce que tu fous là, c'est en tous cas le dernière fois" mais je n'ai pas le souvenir d'avoir été tenté un seul instant par un abandon.
Je suis un grand introverti, volontiers rêveur et souvent distrait, et je crois que mentalement cela m'est utile. Je m'entraîne seul, je cours seul, parfois avec une de mes filles -surtout depuis que je navigue en fin de peloton- je pense à 36 choses, je laisse mon esprit vagabonder et je fredonne dans ma tête des chansons de Boby Lapointe -les anciens apprécieront- ou d'autres tubes rythmés. Les kilomètres s'ajoutant aux kilomètres, la fatigue gangrénant progressivement les jambes, je deviens peu à peu très sensible au bruit. Le pire, ce furent les cris hystériques des groupies agglutinées sur les trottoirs du marathon de Londres, à la fin je ne les supportais plus.
J'ai pour habitude de diviser mes marathons en trois tiers de 14 kilomètres. Le premier est facile -je dois me contrôler pour ne pas aller trop vite- le second est normal -les premières douleurs apparaissent-, et le troisième, eh bien c'est un peu à la cravache. Mais j'y rabote 2 kilomètres car je pars du principe qu'au 40ème, le marathon est pratiquement fini. Ces tranches de 14 kilomètres ont l'avantage de me rappeler les sorties que je fais fréquemment à l'entraînement. J'arrive mieux à visualiser mon effort et ce qu'il me reste à faire, surtout dans le troisième tranche d'un marathon. Et si je dois me résoudre à marcher des tronçons, je le fais sans honte aucune.
La course à pied est la plus importante des choses secondaires
Etienne
 
Messages: 363
Inscription: Sam 20 Déc 2014 16:16
Localisation: Sur la rive suisse du Lac Léman

par lapuce92 » Mar 7 Juin 2016 18:29

Merci pour vos contributions super intéressantes! Il y a plein de pistes, d'idées à explorer, merci! :D
Avatar de l’utilisateur
lapuce92
 
Messages: 2153
Inscription: Mer 10 Déc 2014 07:58

par Free Wheelin Nat » Mer 8 Juin 2016 13:10

Heidi a écrit:C'est marrant, en lisant vos expériences, je me rends compte que je ne "gère" pas du tout sur du long, j'avance, c'est tout!
Quand j'ai eu des "soucis", mon moral en chute libre m'a poussé à l'abandon. Et je dois bien être honnête avec moi, la "pseudo pression" du classement que je me suis foutue en est la cause principale. Pourtant, punaise, c'était pas les championnats du monde !!! Si faut pas être con!?!!
Bon, c'est la même motivation qui m'a fait arriver au bout des longues courses que j'ai fini!
Reste plus qu'à me détendre du slip quand ça va mal! :ICON_MDR:


Carrément d'accord!
Par contre, la pression classement, si je l'ai toujours plus ou moins ( c'est que squatter les 5 premières places en catégorie ou au scratch , on en prend l'habitude :roll: :oops: ) , mais ça reste en deçà de mon objectifs prioritaire qui est quoi qu'il arrive: passer la ligne, les regrets (s'il y en a, et je ne tiens pas à en avoir) , on verra après.
Si je devais analyser mon état d'esprit en long, comme dominante, il y aurait :
-vivre l'instant présent : être heureux d'être là et de gouter la chance de participer à ce genre d'aventure, de profiter de toutes les merveilles que l'on croise sur son chemin, garder un esprit joueur, je dirais... (sur la 6666, je me suis amusée à trouver tout ce que je pouvais comme mots qui commençaient par "vent" tellement ça soufflait!)
-visualiser régulièrement mon passage sous l'arche (c'est très bref, comme image, et ça revient plusieurs fois sans que forcément j'y fasse appel )
-me dire que quoi qu'il arrive, sauf foudroiement jambe cassée ou coupure de courant , je prendrai le temps, mais j'y arriverai car "tout pas rapproche toujours de l'arrivée, faut juste être patient" .
Ce genre de phrase a bien fait rigoler deux gars que j'avais cotoyés sur la MH 100, mais je suis arrivée en même temps qu'eux alors que j'étais blessée...

Je peux également, par moment, m'absenter complètement, mais alors, plus là du tout! :lol: Comme Heidi, j'avance...

Ah aussi, en cas de difficulté (comme par exemple mon dernier 20km , c'est pas du long, mais ça marche quelle que soit la durée) je me dis que quoi qu'il arrive, je sais faire . Et que donc, yapluka. Le reste c'est de la friture, du larsen, du bruit parasite donc dehors.

Et, dernière réflexion en annexe, les notions de "se battre contre les éléments" , la nature, c'est pour moi (pardon) une grosse connerie .
Au contraire, je pense qu'on peut aller beaucoup plus loin en acceptant avec joie ce que l'épreuve nous impose (on vit, on bouge, merde, et dans quel cadre!!!) , en étant humble et ouvert plutôt qu'en étant dur et agressif (ve, en l'occurrence)...
J'avais très peur des conditions rencontrées au Serre Che Trail , mais sur place, en acceptant le froid, le vent , c'est bien mieux passé.
Rien n'est plus semblable à l'identique que ce qui est pareil à la même chose (Pierre Dac)
Avatar de l’utilisateur
Free Wheelin Nat
 
Messages: 970
Inscription: Mer 10 Déc 2014 08:25
Localisation: Arrière-pays niçois

par lapuce92 » Mer 8 Juin 2016 18:03

Je suis tout à fait d'accord avec toi Nath pour ce qui est de ne pas se battre contre les éléments mais plutôt les accepter, quasiment jouer avec eux. Ca fait partie intégrante de notre sport je pense.
Avatar de l’utilisateur
lapuce92
 
Messages: 2153
Inscription: Mer 10 Déc 2014 07:58

Suivante

Retourner vers Entrainement

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum: Aucun utilisateur enregistré et 1 invité