Le récit de vos courses

UT4M Belledonne 2017

par LiliRun » Dim 21 Jan 2018 11:21

Salut à toutes,

Bon je sais je suis très en retard pour la publication de ce CR et je n'ai pas donné beaucoup de nouvelles depuis un moment (même si j'aime bien vous lire).
En fait j'avoue que j'avais perdu ce CR et que j'avais la flemme de le retaper. Et puis depuis cet été la course à pied est devenue très secondaire car on avait une maison à finir.
Bref en rangeant des photos, je viens de retrouver ce récit incomplet et je me suis dit que ça valait le coup de le publier (surtout qu'en cette saison il y a peu de courses à raconter) et que ça pouvait vous donner des idées et des envies…


Cette course n’était pas prévue puisque l’objectif de l’année c’était le trail de Vouglans version 39km. Mais contre toute attente, alors qu’il était arrivé assez occis au bout de ce trail, deux jours après Mister G me propose : Ça te dit de t’inscrire à l’UT4M ? Je le regarde du coin de l’œil, surprise, pour voir s’il plaisante. Mais non, ça y est je crois qu’il a attrapé lui aussi le virus de la course à pied... :lol:
Bref je le laisse s’occuper des inscriptions (qui se clôturent le soir même, 15j avant le départ), pour une fois que c’est lui qui est motivé…
Parce que moi ça me dit bien aussi mais j’ai quelques doutes concernant ma cheville qui a méchamment vrillé quelques jours auparavant. Heureusement le combo huiles essentielles et chevillère parait fonctionné car elle a bien dégonflé. Malgré tout un hématome violet est apparu.
Bref je ne sais pas vraiment où je vais mettre les pieds, ni si je vais pouvoir aller au bout dans ces conditions.

En effet il est prévu 41km pour 2720m D+ et 2990mD- ! Et plus la date approche plus je me dis que c’est une folie, on a fait quelques sorties en rando course autour de la maison mais dans les descentes je ne suis pas vraiment en confiance…
En plus au début j’étais rassurée de voir la barrière horaire de 12h, je trouvais ça large… Sauf qu’ensuite j’ai vu que les premiers mettaient 6h, or généralement je mets le double du temps pour finir… Mais je n’arrive pas à m’imaginer mettre 12h pour faire 42km, pour mon expérience de marathonienne ça me parait inconcevable : même pas 3km/h !
Mais oui je sais il y a le dénivelé et je sais bien que ça va être long, qu’il va falloir tenir le coup jusqu’au bout… Mais j’espère vraiment que notre belle expérience de la rando-trek avec le gros sac de bivouac nous sera utile.
Bref j’ai bien l’intention d’aller au bout coûte que coûte et j’espère sans me faire rattraper par ces foutues barrières horaires. Mais je sais déjà que la descente va être un calvaire pour moi car je ne veux pas prendre de risque avec ma cheville. On a établi avec Mister G un deal : On court ensemble au moins jusqu’au refuge de la Pra comme ça je le régule pour ne pas qu’il se crame en partant trop vite et après qu’il se fasse plaisir s’il a le jus pour la dernière montée du grand Colon et surtout pour l’interminable descente qui suit. Moi je ferais au mieux…

On retire donc nos dossards le jeudi après-midi au Palais des Sports de Grenoble. J’avais bien vu sur le site qu’il y avait un contrôle des sacs, on les avait bien mais le contrôle est vraiment drastique et la liste obligatoire longue comme mon bras : frontale + pile de secours (de toute façon on devrait arriver bien avant la nuit puisque la BH est à 20h…), pantalon, T-shirt manches longues, coupe-vent avec capuche, poche à eau, nourriture, gobelet, couverture de survie, bande élasto…
Du coup évidemment il nous manquait les T-shirt manches longues et les Gore Tex car il faisait au moins 36°C à Grenoble. Bon on promet de les avoir demain matin et on nous nous donne quand même les dossards.
Par contre pas moyen de s’inscrire pour la navette, du coup c’est le système D : le beau-frère nous pose à Vizille et on prend un taxi jusqu’à Livet-Gavet.

Nous voilà donc en ce vendredi matin dans la « charmante » bourgade de Livet Gavet, au lieudit Rioupérou. On est bien en avance mais on voit autour de nous plein de traileurs affutés et équipés alors on se demande bien ce qu’on fout là nous, les amateurs… En particulier je suis admirative de ceux qui font l’UT4M Challenge (1 massif par jour) car ils ont déjà couru le Vercors et l’Oisans et ils repartent pour un troisième jour à plus de 40km. Ils n’ont pas l’air trop entamés pourtant…
Avant d’accéder à l’aire de départ, on nous contrôle de nouveau les sacs, en particulier le manches longues et la Gore Tex. Mais ce coup-ci on les a bien, mon sac est d’ailleurs bien rempli avec tout ça…
Petit speech de l’orga et là mauvaise surprise : il nous annonce que l’on va avoir droit au parcours de repli en raison du mauvais temps annoncé en fin de journée… C’est-à-dire que l’on ne va pas faire la partie la plus belle et sauvage de ce trail : Refuge de la Pra et Grand Colon… Sur le coup je suis vraiment déçue, j’ai même plus envie de courir, je ne vois pas l’intérêt du parcours et surtout je suis dégoutée car le ciel est bleu limpide…

Mais bon on est là alors on y va. Ey c’est parti pour une boucle dans Rioupérou, on passe un peu dans les bois, ça se rétrécie du coup ça bouchonne. Et là Mister G décide de s’arrêter pour une pause technique. Je râle car on retrouve quasiment derniers et que ça risque de bouchonner encore quand on commencera à monter. Décidément ça commence mal, je suis de mauvais poil…
On profite du retour dans le hameau, en léger faux plats, pour courir un peu et doubler ceux qui s’économisent.
Et c’est parti pour le kilomètre vertical qui doit nous mener au plateau d’Arselle. J’imaginais un sentier bien raide mais en fait c’est une succession de lacets qui s’enchaine dans la forêt. Mine de rien ça réchauffe quand même car il fait déjà chaud ce matin (et encore on n’est pas au soleil).
Par contre comme prévu ça bouchonne. Et même si au fond ça m’agace car je sais qu’on pourrait monter plus vite, je me dis aussi que ce n’est que le début et que au moins ça nous régule pour que l’on se crame pas trop.
Par contre les premiers du relais de l’UT4M160 sont annoncés et on les laisse passer volontiers. Tout à coup, il y en a un qui arrive en coupant les virages, droit dans le pentu… Et au moment où il nous double, je réalise qu’il a un dossard rouge (et non bicolore comme les relais). Pù$@in c’est le premier du 160, le gars il a déjà 100 bornes dans les pattes et une nuit en montagne et il court toujours à fond ! C’est vraiment un autre monde… :icon_exorbite:
Bref nous on continue notre petit bonhomme de chemin et on profite pour doubler quelques personnes déjà en difficultés.
Il y a quelques passages avec des cordes mais franchement de jour avec le grand soleil c’est pas bien compliqué.
Arrivés au soleil, on double encore un groupe avant d’arriver sur le bord du plateau d’Arselle. Et là on peut enfin se remettre à courir jusqu’au ravitaillement.

On essaie d’être efficace pour ouvrir les poches à eau et faire le plein. On grignote rapidement et on repart en direction des lacs Achards.
On a un bon rythme, enfin surtout moi alors comme j’ai envie de faire une petite pause technique avant qu’il n’y ait plus d’arbre, je prends un peu d’avance. Je cherche en vain un coin tranquille et puis n’y tenant plus je m’éloigne du chemin juste avant d’arriver au lacs.
Mister G est repassé devant et je le rattrape devant les lacs Achards. On continue vers le col de l’Infernet et on profite du paysage magnifique. Franchement ma mauvaise humeur du départ s’est vite envolée, remplacée par le plaisir d’être là, en montagne. Le ciel est toujours aussi bleu, le temps est radieux et on est là, en forme et heureux.
On trottine dès que le profil le permet un peu, puis on arrive au col de la Botte et il nous reste plus qu’une dernière pente pour arriver en haut de la Croix de Belledonne. Mais il est l’heure de manger alors je sens un petit coup de mou. Et puis surprise le vent souffle fort et assez frais là-haut. Bizarre, finalement ils ont peut-être raison pour le temps, on dirait bien qu’il va changer…

Du coup là-haut on se réfugie à l’abri du vent sous la tente du ravito. Je remplie ma poche à eau et je commence à manger un peu quelques Tucs et des bananes, j’en mets même aussi dans mes poches pour plus tard (Nota pour la prochaine fois : c’est pas vraiment une bonne idée car les Tucs se sont désagrégés et la banane est devenue gluante). :ICON_NON:
On ressort de la tente mais on ne traine pas pour ne pas se refroidir. Et on attaque l’itinéraire de remplacement par la piste noire tout droit dans la descente. C’est très raide, il y a des caillasses qui roulent, c’est pas la joie pour moi et ma cheville fragile alors je laisse Mister G partir et je prends le temps de descendre. Franchement qu’est-ce que c’est mieux en ski !
Malgré tout je ne me fais pas trop doubler et on finit par croiser ceux de l’UT4M Master qui commencent leur première montée.
Et finalement j’arrive enfin en bas de la station et après une portion de route le chemin se transforme vite en sentier entre les buissons. Je suis seule alors je vais à mon rythme, tranquillement. Je sais que l’on va passer aux Seiglières où j’espère un ravitaillement, pour finir à Freydières.
En attendant je mange mes sandwichs pain de mie complet/fromage frais/viande de grison.
Finalement pas de ravitaillement intermédiaire et on descend bien plus que ce que je pensais, jusqu’à St Martin d’Uriage. Je suis toujours seule, au point que certaines fois je vérifie que je suis toujours sur le bon chemin. Le balisage est nickel pour un parcours de repli, rien à dire. Le chemin devient plus large et bien roulant, en faux plat montant mais moi je cours. Alors je commence à rattraper du monde, car ça marche, faut dire qu’il fait chaud et qu’on commence à en avoir plein les pattes. Du coup une fille avec le chasuble de l’UT4M Challenge s’accroche à mon rythme, je suis quand même impressionnée de la voir courir ainsi, au bout du 3ème jour, après tant de km pour elle…
Les kilomètres s’enchainent et je fini par rejoindre Mister G. On trottine ensemble, mais il finit par m’annoncer qu’il a oublié de remplir sa poche à eau à Chamrousse et qu’elle est déjà vide… Là j’avoue, j’ai pensé que cette erreur allait lui couter cher et qu’il était cuit…
On arrive à un croisement avec des bénévoles mais on m’annonce qu’ils avaient de l’eau mais qu’ils n’en n’ont presque plus… Je leur dit que moi ça va mais que mon copain derrière en a vraiment besoin.
Un gars dans le chemin qui repart nous rassure en nous disant que Freydière n’est plus qu’à 5km. Je regarde ma montre et soupèse ma poche à eau : ça devrait le faire. Par contre je décide de ne pas attendre Mister G et de partir à mon rythme.
Ca grimpe en plein soleil un moment, j’imite un gars devant moi pour tremper ma casquette dans le ruisseau. On est un petit groupe mais petit à petit je me fais un peu décrocher, je commence à manquer de jus…
Malgré tout j’avance et comme il fait chaud, au bout de 5km, je finis mon eau mais je n’aperçois toujours pas le ravitaillement promis… Encore 1km puis 2km qui n’en finissent plus : mais il est où ce ravito, bon sang ? Ah ça y est on aperçoit des spectateurs… qui nous annoncent « plus que 1km avant Freydière ». Dans ma tête, je pense « encore » 1km sans eau !
Heureusement le profil est plutôt plat et à l’ombre maintenant. Et je finis par arriver au ravito…
Je décide de prendre mon temps pour me reposer et m’hydrater et d’attendre Mister G qui ne doit pas être trop loin derrière. Sous la tente, il y a de l’eau fraîche, ça fait du bien. Par contre il y a les top20 de la course Master (100km) qui arrivent les uns après les autres et le moins qu’on puisse dire c’est qu’il y a un peu de mécontentement car la plupart sont à secs depuis plusieurs km et ne comprennent pas qu’il n’y ait pas eu de ravito intermédiaire. En effet en prenant l’itinéraire de repli, au final on a fait plus de km que prévu (mais moins de dénivelé) mais avec un ravitaillement de moins (il y en avait un de prévu au refuge de la Pra) ! Bref ça râle un peu.
Au bout de 5-10min, Mister G arrive enfin. Lui aussi s’est retrouvé sans eau rapidement car il n’avait pas fait le plein suffisamment à la Croix. Mais malgré tout, il a l’air d’aller bien.
Par contre il a besoin de prendre son temps et moi je commence à avoir envie de repartir. Au final je repars sans lui mais faible allure. Du coup il finit par me rattraper dans la petite montée qui suit.
Mais la suite du parcours c’est la grande descente pour retourner dans la vallée, dans la chaleur et la civilisation… Or avec ma cheville encore fragile je préfère mettre le frein à main et le laisser partir devant.
Le chemin est bien raide par moment et je suis même obligée de marcher pour ne pas prendre de risque inutiles. Je suis bien contente d’avoir mes bâtons aussi…
Malgré tout j’avance quand même bien car je suis assez seule sur ce tronçon, très peu doublée par quelques boulets de canon. Je double même quelques coureurs à l’agonie.
Mais c’est long, très long, et je commence à sentir une tendinite au niveau des releveurs. Et ma poche à eau est plein de bulles qui font plic-ploc, c’est agaçant. Allez on boit et on avance, j’ai fait le plus dur, ça va le faire…
Et ça descend encore et encore mais par contre la température elle monte et il fait de plus en plus lourd. Heureusement on est plutôt à l’ombre.

Ca y est le Versoud est enfin en vue. J’arrive au ravitaillement et j’aperçois au loin Mister G qui vient d’en repartir. J’ai suffisamment d’eau mais je fais comme tout le monde : un trempage de casquette dans une bassine d’eau fraiche. J’attrape une banane, il y a également des bonbons mais ça ne me dit rien. Je repars mais je m’arrête aussitôt car je n’ai toujours pas vidé l’air de ma poche à eau, alors finalement je remets un peu d’eau et je referme correctement… et puis je fixe mes bâtons sur le sac et c’est reparti !
Objectif pour ces 5 interminables kilomètre dans la plaine : courir et ne pas s’arrêter !
Je me mets en mode robot et je cours à faible allure (j’en ai plein les pattes comme tout le monde) mais comme ça marche beaucoup devant, j’en double beaucoup et je rattrape même petit à petit MisterG…
Il marche mais je le dépasse sans m’arrêter, juste avec un petit mot d’encouragement et en lui disant que je veux continuer à courir jusqu’au bout.
La route et le chemin sont sans intérêt mais heureusement le soleil tape moins car le ciel se couvre.
Et puis il y a un petit raidillon pour passer au-dessus de l’Isère et un autre pour passer au-dessus de l’autoroute. C’est dur pour les jambes mais je m’accroche. On arrive sur le rond-point à l’entrée de St Nazaire les Eymes mais on n’entend pas l’arrivée. Et ça grimpe toujours, et je cours toujours : je me parle à moi-même pour m’encourager. Je vais tellement lentement que je mets un bon moment à doubler un gars qui marche dans la montée…
Et puis ça y est : enfin l’arrivée, j’essaie d’accélérer mais je suis déjà à fond… Il n’y a pas beaucoup de spectateurs mais le speakeur m’encourage. Je récupère enfin mon teeshirt finisseur, après 8h40 de course. Et j’attends quelques minutes que Mister G arrive.

Au final je suis très fière que l’on soit allé au bout de ce challenge tous les deux !
Une chouette aventure malgré que l’on n’ait pas fait le parcours prévu… 45km et 2300mD+ et 2600mD- quand même, c’est pas rien et on a bien tenu le coup jusqu’au bout !
Et franchement pas de regrets pour le parcours car à peine 15min après notre arrivée il s’est mis à pleuvoir des sacs d’eau, je n’aurais pas voulu être dans la montagne à ce moment-là…

En tout cas vous vous imaginez bien que ça donne envie de s’y remettre mais le reste de l’année sera réservé à un autre projet d’importance pour nous : la construction de notre maison.
Alors la suite de nos aventures en course à pied sera pour 2018 ! :icon_jump2:

J’espère en tout cas que ce récit vous aura donné envie de découvrir nos belles montagnes Iséroises et en particulier Belledonne pour laquelle j’ai un petit faible…
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par Etienne » Dim 21 Jan 2018 15:15

Ton CR est comme les grands vins. Il s'est bonifié avec l'âge et on le savoure. Merci !
La course à pied est la plus importante des choses secondaires
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par banditblue29 » Dim 21 Jan 2018 21:11

Ben merci pour ce chouette CR à retardement.
L'UT4M est une course sympathique ;) .
Bonne construction et reprise d'entraînement.
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