Le récit de vos courses

Ultra Marin 2017 : il y en aura d'autres ...

par valdes » Ven 7 Juil 2017 08:24

Ce récit est le même que celui que j'ai mis sur le forum Kikourou et sur mon "mur" FB. Avec le copié collé, tout le formatage est, hélas, passé à la trappe. Merci de me signaler les éventuelles fautes d'orthographes que j'ai pu laisser passer, car je déteste cela.


Une fois n'est pas coutume, je me fends d'un petit compte rendu. Enfin petit, façon de parler, comme vous allez rapidement vous en apercevoir. Amateurs de courts récits et de belles illustrations : passez votre chemin.

Après mon arrêt à Sarzeau, j'ai reçu beaucoup de messages de soutien et de réconfort d'amis qui ne comprennaient pas que je puisse être aussi heureuse, après avoir abandonné sur une course. Et bien si, chers amis, je suis heureuse. Malgré mon abandon. Pour une fois – et c'est rare chez moi – je vois le verre à moitié plein (j'ai parcouru pour la première fois 122,6 km en 21H03') et non le verre à moitié vide. Et puis surtout, cette course m'a procuré énormément de joie, de plaisir et de bien-être. Le but essentiel de tout coureur amateur de niveau moyen.

Je suis rentrée mercredi soir du Morbihan. Le jour suivant, j'ai détaché mon bracelet jaune de mon poignet ; il va rejoindre, dans la boîte aux souvenirs, le bracelet rouge de 2013 et les deux bleus de 2014 et 2016. J'espère bien y adjoindre un autre jaune en 2018. Il me reste à finir les quelques gâteaux qui s'effritent solitairement dans la jolie boîte en métal de la Trinitaine - cela ne saurait tarder - à finir ce compte rendu et je pourrais passer à autre chose. En attendant 2018 ...

Je me suis demandée comment réaliser le récit de cette course que j'ai arrêtée après avoir parcouru - très exactement - 122,6 km et alors qu'il m'en restait encore 57,1 km à faire. Dans ma tête, c'est un peu le fouillis ; mais un fouillis sympathique et joyeux. Je vais vous déballer ce pêle-mêle, tel quel, sur le papier ; comme de grands traits de pinceaux ou une esquisse sur une toile. Peindre les impressions heureuses que m'ont laissé cette course. Cela semblera peut-être peu clair et très brouillon, à ceux qui n'y ont pas participé ; mais j'aurais vraiment du mal à faire mieux. Le reste, le classement, les temps, la compétition, n'a que très peu d'importance. Cette course est une aventure intérieure. Je l'ai toujours envisagé ainsi.



Il y a au départ la grosse journée de stress du vendredi avant 18H00'. Se rendre cent fois aux toilettes et s'inquiéter de ne rien pouvoir manger. Ne pas pouvoir se reposer, tellement on est une fébrile et tourmentée. Voir @Fa2 et @Spads, complètement zens et détendus, à quelques minutes du coup de pétard. Le sourire et la gentillesse de @Bert et de @Cathy qui m'encouragent et me réconfortent. La musique tonitruante qui accompagnent toutes les courses de l'Ultra Marin, depuis ma toute première en 2013 ; celle qui vous fait venir les larmes aux yeux et vous souvenir fugitivement de vos proches qui ont, depuis, disparu. Se dire qu'on va avoir du mal à rentrer dans la course et découvrir que « #savamieu », dés le franchissement de l'arche. La foule, incroyablement dense et compacte, tout le long du port de Vannes. Partir vraiment très très très tranquillement, pour ne pas dire totalement confort. Recevoir une petite averse sur la tête. Sortir un sac poubelle de son sac et l'y remettre même pas cinq minutes après. Solliciter l'aide d'autres coureurs, car l'on y arrive pas et la recevoir de suite. Dépasser le doyen de la course, âgé de 83 ans qui vient de prendre son 7eme départ. Dire un petit bonjour, en passant, à @Mico. Passer la piscine de Conleau et penser, en son for intérieur, qu'il vaut mieux courir, car il y a trop de clapot pour nager aujourd'hui. Sourire aux photographes embusqués avant la pinède. Rentrer sur les chemins du Vincin qui marque véritablement le début de la course et la fin des paquets de spectateurs qui encouragent les participants.

Arriver dans le petit bois, du côté d'Arradon : dans mes souvenirs, je ne le voyais pas aussi proche de Vannes. Admirer les superbes villas, nichées dans la douceur paisible d'une soirée d'été, dans le Golfe du Morbihan. Les jolies vaches rousses, dans un champ, le long de la route. La plus jeune a vraiment une bonne tête et je crois même qu'elle m'a adressé un sourire d'encouragement. Les murets en pierre disjointes, qui longent le bord de mer. Il est heureux que la marée soit basse, autrement, on aurait barbotté dans l'eau. Là encore, découvrir que ses propres souvenirs défaillent : dans ma tête, il n'y en avait pas autant, ou alors, je courais plus vite. Se faire dépasser par les flèches du 177 km en relais. Découvrir le premier ravitaillement à Kerbilouët. Wouah, le choix, nan mais le choix quoi … Apercevoir au détour suivant, la tête de la course, déjà arrivée à Port Blanc qui se ravitaille en musique. Le petit passage technique qui me rappelle Guerlédan ; mais en plus facile et plus court. Le ravito de Port Blanc, sa musique et ses danseurs. Mon gobelet est déjà tendu, « à votre bon cœur messieurs dames ! ». J'y reviendrais Lundi, pour prendre le bateau et me rendre à l'Ile-aux-Moines.

La nuit qui commence à s'installer bien avant Larmor Baden et la loupiote soigneusement rangée tout au fond du sac. « Ca va le faire, hein, ça va le faire … ». Ah ben nan, ça le fait pas. Le noir de la nuit est bel et bien là et cette petite sente en sous-bois qui n'en finit pas ... « Mademoiselle s'il vous plaît, puis-je profiter de vos lumières ». « Oui oui, pas de problème ! ». Toujours cette incroyable solidarité que je découvrirais tout au long du parcours. Enfin, le ravito et la tête souriante de @Cathy. « Ah ben dis donc, c'était chaud patate ! La prochaine fois, il faudra sortir la frontale au ravito de Port-Blanc ». Déjà, le présage d'une prochaine fois à venir … La soupe chaude. Le change. Les manches longues. La météo est idéale et clémente pour cette édition ; aux antipodes de la catastrophe pluvio-venteuse annoncée la veille et le matin encore. Je repars. La nuit. Noire, la nuit. Noire du premier quartier de la Lune et noire de la grosse couverture nuageuse. La Stoots. L'éclairage ultra light ultra efficace. Je n'ai jamais eu une frontale qui éclairait aussi bien. Les kikous avaient raison. Suivre un groupe de coureurs et se tromper de chemin avec eux. Zut, on a perdu les balises, il faut faire demi-tour. Redoubler ensuite des coureurs qu'on avait déjà doublé, genre « coucou c'est nous, on a fait un peu de rab ».

La nuit. Toujours la nuit. Noire et silencieuse. Plus silencieux aussi, sont les coureurs, avec leurs loupiotes comme des petites bougies qui vascillent sur les chemins du Golfe du Morbihan. Et les bandes refléchissantes de leurs sacs et de leurs vêtements qui me font fredonner l'air du fameux clip de Daft Punk : « Around the world, around the world » ... C'est amusant. Il y en a même un qui porte des mini-guêtres jaune fluorescent. A chacun de ses pas, je vois une mini-guêtres qui s'envole dans le noir, pendant que l'autre retombe. Cet aspect visuel me fait drôlement sourire. Ah, j'en entends un qui trébuche derrière moi, c'est vrai qu'il faut faire attention où l'on met nos pieds, la nuit est si noire. Le son des drisses qui claquent sur les mâts et qui nous annonce notre arrivée dans le petit port du Bono. « On est pas loin les gars, on est pas loin ». Ah ben, ça grimpe quand même un peu, il faut le mériter celui-ci. Le ravito du Bono et son lot de bénévoles toujours ultra-souriants, ultra-gentils : ultra-marins quoi. C'est incroyable cette course, cette organisation. Délicieuses, sont les coquillettes. Ca fait du bien et ça revigore. « Un petit potage aussi ? » « Oui, oui, je veux bien, le petit délice du potager ». Je repars. Un coureur qui me rejoint et qui me demande s'il peut rester avec moi, car il ne se sent pas très bien : il a voulu dormir sur un banc et il s'est refroidi. Il s'appelle Philippe et il vient d'un petit village près de Rouen. Il loge, avec cinq autres coureurs de son club, dans le même endroit que moi. Il a plus l'habitude de faire des courses horaires, comme des 24H00' ou des six jours. Il marche vite Philippe, super vite même et sans bâton en plus. On cheminera ainsi, en prenant soin l'un de l'autre, jusqu'au prochain ravito. Toujours cette incroyable solidarité entre coureurs, prononcée à un point que je n'avais jamais vu.

La nuit est noire. Vraiment noire. On ne voit même pas la lune. Philippe marche tantôt derrière, tantôt devant. Ma loupiote éclaire bien. Vraiment très bien même. C'est rassurant une loupiote comme ça. On parle par moment ; à d'autres, on avance en silence. Concentrés sur nos pas. Ca fait du bien d'être à deux. Les coureurs sont de plus en plus espacés. Ou bien est-ce la nuit qui donne cette impression ? Les lumières de la ville au loin. Le bruit du trafic sur le pont de la voie rapide, au-dessus Auray. Même la nuit, voitures et camions semblent circuler en grand nombre. Le ravissant petit port de Saint-Goustan et sa fête foraine endormie. Le demi-tour qui amorce le passage dans les terres et les longues lignes droites des pistes cyclables qui nous mèneront jusqu'à Crach. Des bénévoles à Auray qui nous annonce une descente dangereuse. Un coureur derrière nous qui prodigue ses conseils à un autre : « relâche relâche dans la descente ». Le pote qui dérape et qui manque tomber dans le ruisseau. « Ah ben tu vois, t'as pas relâché ! ». Ca nous fait sourire.

La nuit est longue. La nuit est noire. Il est plus de 3H00' du matin et d'ordinaire, à cette heure-ci, je suis avec Morphée ; là, je chemine avec Philippe. Vivement que le jour arrive. La nuit est douce cependant. Même pas froide et presque sans vent. Et je ne vois toujours pas la Lune. Etrange cela : une Lune qui dort pendant la nuit ; alors que nous, nous veillons. Bientôt le ravito de Crach. Ca arrive ça arrive. Ah nan, pas encore. Ah si, bientôt. C'est bon là, c'est là. La tente, les bénévoles, les sourires, toujours ces tables très bien garnies. Dernière ligne droite avant Locmariaquer, l'embarcadère et déjà la mi-course. Je perds mon Philippe après le ravito. Je retrouve ponctuellement d'autres coureurs. Encore 15 km. C'est rien 15 km. Une petite CAP du lundi matin.

Il est 4H30' et le jour va bientôt se lever. Ah non, pas du tout. Il est 5H00' et le jour va bientôt se lever. Ah ben nan, toujours pas. Il fait quoi le jour aujourd'hui ? Il fait la grasse matinée ? Il est 5H30' et le jour va bientôt se lever. Ah ben nan, c'est toujours sombre. Peut-être un peu moins que tout à l'heure. Elle était noire, cette nuit. Vraiment noire. J'entends un coq. J'entends des oiseaux. J'entends plein de chants d'oiseaux. C'est un vrai concert qui débute à présent. C'est incroyable, cette brusque sortie du silence et de la nuit qui annonce le jour. Le jour arrive presque d'un coup, juste avant Locmariaquer ; un peu avant 6H00'. Il a pris son temps le jour. Moi aussi d'ailleurs. On est à même pas un kilomètre du port, mais à 7 km de l'embarquement. Les bénévoles qui veillent à ce que personne ne prenne le chemin le plus direct. Mais personne ne triche sur cette course. L'enjeu est ailleurs. L'enjeu est dans nos cœurs. On vous dit quoi, les bénévoles ? « Bonjour ? Ah oui, c'est samedi matin, alors bonjour ! ». Pendant toute la nuit, on ne savait que vous dire. Bonjour ou bonsoir ou bien bonne nuit. Elle était bien noire cette nuit quand même. Ma lampe s'éteint. Je l'avais complètement oublié, tellement elle est légère. La batterie a tenu 6H00' : pile-poil comme dans mes tests.

Un bénévole qui passe avec un carton dans les bras, rempli de cafés et de viennoiseries. « C'est pour moi ? ». « Ben nan, faut pas exagérer quand même » … Le port. Enfin. Le bateau. Les bateaux. Plein de zodiacs qui font l'aller retour. J'adore le bateau. J'adore la mer. Vite vite, je veux embarquer. Mais je ne vais quand même pas griller des places. Ayé, c'est à moi. « Trop la chance » , comme dirait les d'jeuns. Je me retrouve sur le banc arrière. Planquée derrière le pilote, bien à l'abri du vent et des grosses giclées d'embruns. Heureusement que les vents annoncés à 27 nœuds ne sont pas là ; car ils nous auraient bien secoué. La météo n'arrête pas de se planter en matière de prévisions. Déjà l'arrivée ! Nan, mais c'est pas vrai, c'est trop court ! « Est-ce que je peux refaire un tour s'il vous plait, vu que les compteurs sont arrêtés ? » Tout le monde rigole.

On repasse un portique, les compteurs repartent. Moins de 5 km et c'est la mi-course. La douche. Cathy. Cathy, dont je vois le visage souriant qui m'attend devant le gymnase. Cathy qui m'apporte un pain au chocolat !!! Wouah lala que c'est bon, nan mais que c'est bon. Je me jette dessus. Je mets des miettes partout. Je n'ai jamais mangé un aussi bon pain au chocolat de ma vie. Avoir une assistance, c'est vraiment top. Je file à la douche. Je me change. Je refais mes bandages de pieds afin de protéger mon hallux valgus. J'ai mal à mon deuxième petit orteil à gauche. Que faire ? Un bandage ne tiendra pas. Un digitude en silicone ? Oui, ça a l'air de bien protéger. J'enfile mes chaussures et fais tout de suite la grimace. Cathy : « ça ne va pas ? ». « Hum, nan pas trop, j'aurais du prendre les autres, celles-ci me semblent trop serrées ». Je demande à Cathy de m'apporter mes Terra Kiger au prochain ravito, à Sarzeau et je repars. Je suis dans les temps. Je suis bien. Trois kilomètres après, je commence à souffrir de mon hallux valgus. La douleur me lance ponctuellement, au début, puis ne me quitte plus. C'est insupportable. J'essaye de l'occulter, mais c'est impossible. Je desserre mes lacets au maximum, mais mon pied droit est trop comprimé. Il a mal et me le fait savoir. C'est dommage. Le paysage est magnifique. Il fait beau. Un temps idéal pour courir. Ni trop froid, ni trop chaud.

J'adore cette partie du GR entre Arzon et Sarzeau, mais j'ai mal au pied et ça me gâche tout mon plaisir. Je veux téléphoner à Cathy et je réalise alors que j'ai commis une erreur monumentale : j'ai changé de sac à Arzon et j'ai oublié mon téléphone portable dans mon premier sac de course ! Si je suis contrôlée, je suis bonne pour la pénalité. C'est entièrement de ma faute. Une erreur énorme. Je n'ai plus qu'à espérer que ma bonne fée Cathy s'en aperçoive au plus vite et se positionne sur une partie du parcours entre Port-Nèze et Sarzeau, afin que je puisse échanger avec elle, sans transgresser le règlement. Des coureurs me proposent leurs portables. Toujours cette incroyable solidarité. Mais le numéro de mon amie est dans la mémoire de mon téléphone et non dans la mienne. Enfer miraculeux de la technologie moderne ...

Les bénévoles du ravito de Port-Néze. Aux petits soins pour les coureurs. Comme tous les bénévoles sur cette course. Ils nous appellent pas nos prénoms et font de drôles de jeux de mots avec. Quelle ambiance, nan mais quelle ambiance ... Je mange des chips. Je me bourre de chips. C'est délicieux et salé. Je suis bien, mais j'ai mal aux pieds. Vraiment mal. Je compense en sollicitant de plus en plus mes talons ; mais du coup, j'ai mal aux talons maintenant. J'ai du choper des ampoules. Je m'arrête à la pointe de Bernon. Je vois des coureurs couchés sur les coques des bâteaux retournés. Je fais pareil et je mets les pieds en l'air. Ca ne me soulage pas tellement. De surcroît, l'endroit est exposé au vent et je me refroidie. Je repars. Petit à petit, la décision se forme dans ma tête, de stopper ma course à Sarzeau. Je connais mes pieds. Mon hallux valgus droit est complètement enflammé et je ne peux rien faire contre cela. Mes pieds ont vraisemblablement pris deux tailles depuis le début de la course et ça, je le savais pas. C'est bête, c'est complètement stupide, mais je ne l'avais jamais lu. Je ne l'avais pas non plus anticipé, car je n'avais pas l'expérience des courses au-delà 87 km.

C'est à faire que l'on apprend dit-on. La leçon est rude. Je m'étais néanmoins promis de ne pas courir dans la souffrance, parce que quand je souffre, je suis désagréable. Vraiment très très désagréable. Un genre de Gremlins avec une mèche blonde. Et je n'avais pas du tout envie d'être désagréable avec les coureurs autour de moi, qui souffraient sans doute tout autant que moi ; je n'avais pas envie d'être désagréable avec ces bénévoles incroyablement serviables sur cette organisation ; je n'avais pas envie de m'isoler dans la douleur, au point de ne plus profiter de ces paysages fabuleux, par une si belle journée. J'ai pensé aux armées Napoléonniennes. A ces soldats si pauvres qui n'avaient pas de bonnes de chaussures et qui cheminaient pendant des kilomètres, dans le froid, les pieds en sang, le ventre vide, la plupart du temps. A l'échelle terrestre, seulement quelques siècles nous séparent ; mais nous vivons dans des mondes radicalement différents. Sans connaître l'opulence, mes pieds sont habitués à plus de confort. Moi aussi d'ailleurs. Ca y est, la décision est prise, je m'arrêterais définitivement à Sarzeau.

Au détour d'un chemin, je vois enfin Cathy qui s'est effectivement rendue compte que j'avais oublié mon téléphone dans mon sac. Je lui fais part de ma décision et elle me demande de bien y réfléchir. Nous prenons rendez-vous à Sarzeau, mais je sais déjà que je ne changerais pas d'avis. Les quelques kilomètres qui me séparent de ce ravitaillement se feront très très très lentement, avec de fréquents arrêts pour tenter de calmer les élancements de mon pied. J'ai tellement compensé avec ma jambe gauche que j'ai à présent une énorme contracture qui part du bas du mollet et remonte dans tout l'arrière de ma cuisse. Je rattrape @DoroT sur un joli passage avec des planches de bois. Nous finirons la course ensemble, jusqu'à la salle du Pâtis où je rendrais mon dossard après m'être fait pointer et soigner les pieds.

Est-ce que je le regrette ? A dire vrai, pas vraiment. Bien sûr, je m'étais préparée dans le but de finir cette course, mais j'avais néanmoins en tête que plus de 40% des participants, des éditions précédentes, ne la terminaient pas. Je pouvais en être. C'était une éventualité que je n'ai jamais occulté. Ces coureurs non finisheurs n'étaient vraisemblablement pas tous des rigolos qui prenaient le départ d'un 177 km, comme d'autres prennent le départ d'un triathlon XS sans même savoir nager le crawl en eau-libre. Il existait donc des raisons x ou y (ou aléas) qui les faisaient abandonner et que l'entraînement ne pouvait pas anticiper. Pour moi, ce fûrent mes pieds. Mon choix de chaussures. Si je devais refaire la course, je changerais de chaussures pour des chaussures plus grandes et plus larges ; mais voilà, la course est finie depuis dimanche midi : aussi, ne la referrais-je pas cette année, mais l'an prochain … Ah lala, l'an prochain, bien sûr que oui ! Bien sûr que j'en serais. Des Ultra-Marins : il y en aura d'autres ...




En conclusion, j'ai adoré cette course. Je ne m'en prends à personne d'autre que moi sur mon choix de chaussures. Peut-être que je n'avais pas assez d'expérience. Peut-être qu'entre 87 km et 177 km, il y a 140 ou 150 kilomètres qui sont là pour vous apprendre que vos pieds s'allongent et s'élargissent après cent bornes. C'est ainsi. C'est ce que l'on appelle la progressivité. La progressivité ne sert pas seulement à adapter nos muscles aux efforts de longue durée ; elle nous sert aussi à apprendre. J'ai pris là une belle leçon. Une belle leçon, pour une si belle course, cela me semble normal et juste. Je vais faire un 24H00' cet hiver, à Ploeren, pour peaufiner ces histoires de choix de chaussures et de « métamorphose » des pieds après 100 km et tenter d'imprimer une marque entre 140 et 150 km.

Pour l'heure, je vais très bien. Je suis heureuse. J'ai fait 122,6 km en 21H05' et ça me semble correct, pour mon niveau à moi. Je ne me suis pas blessée. Le surlendemain de la course, avec mon amie Cathy, nous avons fait le tour de l'Ile-aux-Moînes, 17 km en prenant tout notre temps et en nous rassasiant des jolis paysages. Nous avons cru apercevoir, au loin, le clocher de l'église d'Arzon ou bien était-ce celui de Sarzeau ? Dur dur de se repérer, dans cet environnement maritime, avec ces côtes aussi découpées que des festons de dentelle. Des entrelacs de bel ouvrage. Le mercredi suivant, ce fût une balade sur la presqu'île de Quiberon. C'est beau. Si beau. Je reviendrais. Promis, je reviendrais. L'an prochain. Et je finirais. Du moins, je l'espère. Je vais bien. Je suis bien. Il fait beau. C'est l'été. Je suis en forme et je compte bien en profiter pour courir, rouler, nager, marcher. Etre en vie. Vivre et être heureuse de vivre après avoir vécu une aussi belle expérience. C'est la raison pour laquelle, je ne suis nullement attristée ; aussi ne vous attristez donc point vous aussi ...
Dernière édition par valdes le Ven 7 Juil 2017 21:17, édité 4 fois.
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par Stella » Ven 7 Juil 2017 08:55

Juste une que j'ai repérée, ici : "Je me suis demandée comment réaliser le récit de cette course que j'ai arrêtéE après avoir parcouru - très exactement - 122,6 km", il y a un E :)

Bien aimé le récit, parce que malgré les moments de douleur, c'est un récit positif et encourageant, qui donne envie de se dépasser, bravo :)
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par Escargote » Ven 7 Juil 2017 09:42

Merci pour ce CR qui met des étoiles dans les yeux! C'est le genre de texte que je me garde au chaud pour les moments de doute... Ou les moments de blessure. Ton CR m'a permis de te suivre, de voyager, de courir/marcher malgré mon pied dans le plâtre. En le lisant, j'ai retrouvé les sensations les plus magiques du trail. Du bonheur! De la plénitude.

'"J'ai fait 122,6 km en 21H05' et ça me semble correct pour mon niveau". J'aime ton CR aussi pour cela, pour ton regard à la fois bienveillant et lucide, pour la clarté de tes objectifs et l'analyse en finesse de la situation. Oui, tu as franchi une sacrée étape avec ces 122,6 km. Et ton CR nous prouve que tu as toutes les capacités mentales et physiques pour continuer.
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par banditblue29 » Ven 7 Juil 2017 14:30

Merci Valdès pour cette belle histoire :D .
Cette course, c'est sûr qu'elle fait envie, pas grâce à son dénivelé, mais par la variété des paysages, le sérieux de l'organisation, etc.....
Le Golfe du Morbihan, c'est très beau :D .

Pensée personnelle : Je crois qu'il y a un "monde" au-delà de 70/100 km.
Gérer ses pieds et ses échauffements reste "facile" jusque-là mais ensuite, les douleurs prennent le pas sur le reste et contribuent à rendre la course pénible. Se dire qu'il reste encore (et non "plus que") 50 bornes donne l'impression que c'est juste insurmontable :? !
Je ne sais pas ce qu'il en est chez les finisheurs d'ultra, mais ils parlent pas trop de leurs pieds....

Une 2nde nuit dehors avec les pieds en feu.... :icon_surpris: ! , un coup à tourner en boucle.

:icon_bravo2: Bonne préparation pour 2018 :D .
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par delphine_h » Ven 7 Juil 2017 16:37

Une super leçon. De belles images, une nuit avec Philippe....


Bravo ! de tout mon coeur, bravo!

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par lapuce92 » Ven 7 Juil 2017 17:47

Je te l'ai déjà dit par ailleurs ;) Mais j'ai adoré ton récit. Quelle humilité. Juste la joie d'être là, profiter de la course et aller le plus loin possible sans se mettre excessivement la pression. J'adore cet état d'esprit! Bravo, et rendez-vous en 2018! :)
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par Tati » Ven 7 Juil 2017 18:35

Un immense bravo Valdes pour ta prépa, pour le chemin parcouru, c'est énorme :icon_exorbite: :icon_fete: et merci pour ce beau récit.
« L'enthousiasme est à la base de tout progrès. » Henri Ford
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par valdes » Ven 7 Juil 2017 21:07

Merci les filles, vos commentaires me touchent énormément. C'est le but. Transmettre par le récit, la joie éprouvée et vous donnez envie d'y aller, peut-être, un jour ...

banditblue29 a écrit:Pensée personnelle : Je crois qu'il y a un "monde" au-delà de 70/100 km.
Gérer ses pieds et ses échauffements reste "facile" jusque-là mais ensuite, les douleurs prennent le pas sur le reste et contribuent à rendre la course pénible. Se dire qu'il reste encore (et non "plus que") 50 bornes donne l'impression que c'est juste insurmontable :? !
Je ne sais pas ce qu'il en est chez les finisheurs d'ultra, mais ils parlent pas trop de leurs pieds....

Une 2nde nuit dehors avec les pieds en feu.... :icon_surpris: ! , un coup à tourner en boucle.

:icon_bravo2: Bonne préparation pour 2018 :D .


J'ai des pistes à présent. En général, bien strappé, mon hallux ne moufte pas. Un podo de l'ultra marin a validé ce strap et m'en a montré un autre, spécifique au talon, pour éviter les ampoules.
Donc contre les ampoules -> les straps
Contre le mal au doigt de pied le plus long qui tape contre la chaussure -> le digitube en silicone. Là aussi, validé par un coureur de 24H00'
Contre les pieds qui s'étalent et s'alongent (comme de la guimauve dirait @Yanne), prendre des chaussues trop grandes. Soit pour moi, dont le pied droit mesure 24 cm, en général, je prends mes chassures, selon les marques, de la taille 39 à la taille 40 1/3. Sur un ultra de plus de 100 km, il m'eut fallu vraisemblablement du 41. Je validerais personnellement cela sur le 24H00 de Ploeren (je mesurerais mes pieds lors du changements des chaussures).

Il y a des choses, comme cela, que l'on devrait savoir avant. Moi, je ne les connaissais pas.
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par banditblue29 » Ven 7 Juil 2017 23:42

valdes a écrit:
Donc contre les ampoules -> les straps

Je veux bien une photo de tes straps ;) .
L'inconvénient (chez moi), c'est qu'ils finissent par glisser :? même quand je viens de les refaire proprement.
Avec la fatigue, j'ai moins de dextérité..... ;) . Surtout si la BH me presse.

valdes a écrit:Il y a des choses, comme cela, que l'on devrait savoir avant. Moi, je ne les connaissais pas.


Rien ne remplace sa propre expérience (même si on s'inspire grandement des recettes éprouvées des autres ;) ).
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par Escargote » Sam 8 Juil 2017 20:49

Rien ne remplace sa propre expérience, comme dit Banditblue, mais je te remercie, Valdes, de partager ton expérience.

Je n'aurais pas pensé au coup des chaussures plus grandes et maintenant que tu le dis, ça paraît évident!

D'où l'utilité des forums.
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